Corporations et activités artisanales

L’artisanat eut un rôle moteur dans la vie sociale et économique de Tombouctou.

De nombreuses activités artisanales étaient héréditaires selon un système de caste.

Les familles d’artisans formaient des corporations, mais chacune d’elles avait son atelier propre, son maître-artisan ou mallé et ses apprentis ou tende-ijé.

Le tende-ijé entrait à l’atelier dés sa prime jeunesse ; il y restera jusqu’à sa circoncision qui marque son entrée dans le groupe des hommes. Il continuera de travailler sous le commandement de son mallé jusqu’à son mariage.

Le travail de l’atelier commence le matin, s’interrompt en début d’après midi pour se poursuivre de la prière d’alula à celle d’alasara.

A Tombouctou, il est une obligation pour toute personne d’avoir un métier.

La corporation des maçons :

La corporation des maçons de Tombouctou est constituée par des maçons venus de Walata et de Dia.

Les premiers se sont installés à Tombouctou après le sac de leur ville par les Mossi. Ils s’installèrent dans le quartier dit Biruncé-Kunda (quartier des gens de Biru ou Walata).

Les maçons de Dia sont venus dans la suite de l’askia Muhammad et de son frère Umar Khomzhagho. Ce sont eux qui bâtirent la ville de Tindirma.

Ils s’installèrent en partie dans cette ville, et en partie à Tombouctou et à Gao.

Ce sont les maçons qui remplissent également la fonction de fossoyeur.

Les maçons ont leurs traditions propres, leurs propres fêtes et leur danse où un chant est dédié aux Gabibi (noirs) : Na woyye na woyye, Woyyalawoyye woyye, Bara yer ma hoy jaro, Gabibi woy si sahin bara n’da gu dawla, Gabib har si sahin bara n’da gu dawla.

O woyye Woyye, Woyyalawoyye woyye

Nous passerons le  jour d’hui

La femme noire ne vaut que par sa gloire

L’homme noir ne vaut que par sa gloire

La corporation des bouchers

La corporation des bouchers avait à sa tête un chef qui défendait ses intérêts. Elle n’est pas castée. Elle a jouée un rôle fondamental dans l’économie alimentaire. Ils ont leur propre chant et danse appelé Abarbarba.

Abarbarba Han !                                   Abarbarba Han!

A Sidiki Han                                         A Sidiki Han

Wayé ijé yo                                          Enfants de bouchers

Wayé fumbo ijé yo                                Enfants des bouchers répugnants

Wayé go fumbu                        Le boucher est répugnant

A hamdi go nasu                                  mais sa marchandise est grâce

Menuisiers-charpentiers

Une tradition fait remonter aux Askia la corporation des menuisiers et charpentiers à Jamey-Kunda.

Leur installation dans les ateliers actuels remonte au Pasha Mahmud b. Zarqun de Guadix. Plusieurs d’entre eux vinrent de Marrakesh avec l’armée saadienne dirigée alors par Jawdar Pasha de Cuevas d’Almanzora. Ils s’occupaient en partie de la logistique. Ils sont les premiers à fabriquer des barques à Tombouctou.

Ils fabriquent les portes en bois dur, les fenêtres ajourées, les serrures en bois, les chevrons, les linteaux des portes et font également des malles et des coffrets.

Les travailleurs du bois chez les Tuaregs eux façonnent des pilons, des plats, des écuelles, des entonnoires, sculptent également des piquets de tentes et de lit comme l’inquait Dupuis Yakouba.

Les menuisiers travaillent aussi le fer : les fausses pentures ornementales, les clous des portes, les verrous, les serrures en fer, les heurtoirs.

Les Tailleurs et les tisserands

Il est dit dans le Tarikh qu’il y avait à Tombouctou 26 ateliers de tailleurs comprenant chacun 50 apprentis, soit 1300 personnes.  Ils s’occupent, non seulement de la couture, mais aussi à la broderie.

Cette fonction n’est pas castée. Par contre, celle de tisserand l’est.

Les cotonnades que font les femmes étaient exportées et servaient au XVIe siècle encore de produit d’échange comme les cauris.

Le travail des métaux

Ce sont les Garasa et les Jam qui travaillent le fer l’or, l’argent et le cuivre ; Ils forment une caste de bijoutiers, d’orfèvres et d’armuriers qui ne se marient qu’entre eux.

Les Garasa sont les clients des Tuaregs et les Jam appartiennent eux aux groupes Soninké et Songhay.

Les forgerons travaillent surtout avec le fer et fabriquent des pioches, des sarcloirs, des binettes, des lances, des sabres, des poignards, des couteaux, des mors, des hameçons et des étriers.

Le travail du cuir

Le métier de cordonnier est exercé par les arma marocains, descendants de l’armée du Pacha Jawdar qui conquit l’Empire Songhay en 1591. Seuls les hommes Arma cousent et brodent les chaussures.

Les femmes Garasa travaillent elles aussi le cuir. Elles fabriquent des cordelettes pour ceinture de pantalon et pour les amulettes, des brides et des sangles pour les chevaux et les chameaux.

La poterie, la sparterie et la vannerie, les fabricants d’anneaux de coquillages et de bracelets en pierre, de lit et de sièges sont une minorité à Tombouctou. Dupuis dans son ouvrage sur les Industries et principales professions des habitants de Tombouctou cite d’autres industries artisanales auxiliaires comme les coiffeuses et les perruquiers et barbiers.

L’art du copiste

A Tombouctou comme l’a indiqué Léon l’Africain dans sa description de l’Afrique, le livre est une des marchandises les plus chères du marché.

Il y a toujours eu depuis le XVe siècle des copistes de manuscrits à Tombouctou.

Comme je l’ai indiqué dans mon ouvrage intitulé Tombouctou et les derniers Visigoths (Séville, 2003) la copie des manuscrits était une industrie à part.

Les manuscrits, une fois copiés, et les enluminures portées en tête de chapitres, l’œuvre passait alors chez les travailleurs de cuir qui faisait des gaines à la mesure des volumes ; ils les décoraient avec des motifs d’ici et d’ailleurs.

Le décor géométrique qui a suivi les routes de l’Orient et de l’Occident musulman se joint aux éléments floraux, feuilles d’acanthes venues de Alméria par Marrakech, sept siècles avant, sur des stèles taillées pour les rois de Gao par un marbrier du nom de Yaïsh. La vigne, la grappe de vigne à trois lobes des monuments chrétiens de Bysance et des mosquées de Kayrawan et de toute l’Ifriquiyya, tout est là et tout se mêle pour le plaisir de l’art.

C’est, seulement après toutes ces mains de scribes, d’enlumineurs, de faiseurs de gaines que le papier venu d’Europe ou d’Orient par les chemins du désert devient un manuscrit disposé à la sapience des esprits éclairés.

 

Ismael Diadié Haïdara - Historien et chercheur

Extrait de l'article de "Le 26 Mars" publié sur maliweb.net